« On ne fait bien que ce que l’on fait avec PLAISIR et en cohérence avec soi-même » (R.Poletti).
On me dit souvent : « Qu’est-ce qui te motive à accompagner des malades et même des malades en fin de vie ? Cela doit être triste, déprimant et bien sombre. En tous cas, moi, je ne pourrais jamais faire ça ! »
Et je devine, dans la tête de mon questionneur, le commentaire : ne serait-ce pas pour te dédouaner de toutes sortes de culpabilités, te faire une bonne conscience ?
Et bien, non ! Si, dans un premier temps, l’idée de m’engager dans le cadre de Domilys a bien correspondu au fameux besoin de donner cher à mon éducation sociale et religieuse, je me suis vite aperçue que l’accompagnant recevait autant que l’accompagné.
Voilà comment je le vis et ce que je reçois :
Au delà de la confiance qui m’est accordée, premier et inestimable cadeau dont on a déjà parlé, je ressens les bienfaits de l’écoute : formée dans le groupe de Domilys, j’ai appris à faire le vide en moi, à éliminer le va-et- vient continuel de mes pensées qui habitent ma tête à plein temps. Ainsi mon attention va entièrement vers la personne accompagnée qui a besoin de s’exprimer et d’être entendue. Croyez-vous que j’en sorte envahie ? Non, même si je garde son récit en mémoire, mon esprit a eu le temps de prendre des vacances. Coupé de mes soucis quotidiens, il bénéficie souvent d’un recul bienvenu.
Mais bien plus que cela, accompagner m’offre une occasion inédite de voyager. Voyager sur place, sans avion ni train. Car, attendue par quelqu’un qui a désiré me recevoir à Genève, je suis accueillie au sein de cultures chaque fois différentes. Je découvre d’autres modes de vie, d’autres croyances, d’autres réactions, d’autres décors. J’ai ainsi accompagné un Algérien, une Tunisienne, une Française, des Suisses et même quelques Genevois…
Je voyage aussi dans l’échelle sociale, du plus pauvre au plus riche, rencontrant des situations que je n’aurais jamais imaginées ni même soupçonnées entre dénuement et opulence, oui même à Genève.
Je voyage encore parmi les âges de la vie : une toute petite fille et sa maman, un adolescent, une jeune mère de famille, une mère de quatre enfants, des adultes solitaires ou en couple, des personnes âgées aussi, tous confrontés à la maladie, mais chacun avec sa propre réponse originale.
Tout cela, c’est voyager au cœur de la condition humaine. C’est mon privilège d’en avoir une connaissance vécue, partagée avec des êtres humains vivants.
C’est bien plus que de regarder un documentaire, même excellent, à la télévision. Pénétrer un milieu qui n’est pas le mien, c’est ouvrir ma conscience, changer mon regard, combattre mes préjugés, élargir mon horizon.
Enfin, cerise sur le gâteau, faire partie du groupe de Domilys, c’est voyager avec une assurance, peut-être pas tous risques, mais l’assurance d’être efficacement encadrée, de pouvoir compter sur nos coordinatrices et mes collègues bénévoles pour clarifier mes doutes et décharger ce qui serait trop lourd à porter seule. Chaque quinzaine une supervison nous réunit… Là aussi la confiance est totale, le soutien indéfectible.
Alors, qui donne quoi ?
Qui reçoit quoi ?
A votre avis ?
Yseut, † le 12 mars 2008